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Vivre à temps réels : le renouvellement des pratiques militantes autour des tic est-il possible au sein des partis de gouvernement ?

mardi 19 juillet 2005

L’irruption, depuis le milieu des années 1990, d’un nouvel ensemble de médias et moyens de communication - « l’internet », pour aller vite, ainsi que nous les désignerons dans la suite de ce texte - a conduit certains observateurs à envisager une transformation du jeu politique et social du fait du changement du support médiatique et du contexte technologique dans lequel il s’inscrit.

Selon les termes de Manuel Castells , « Internet joue-t-il un rôle purement instrumental d’expression des protestations sociales et des affrontements politiques ? Ou induit-il plutôt une transformation des règles du jeu sociopolitique qui finit par modifier le jeu lui-même, c’est-à-dire les méthodes et les objectifs des mouvements et des acteurs politiques ? »

En d’autres termes, l’internet est-il politiquement neutre ou, au contraire, ses caractéristiques techniques entrent-elles en résonance avec les caractéristiques de certaines organisations politiques et sociales, conduisant ces dernières à profiter plus que les autres de l’essor du réseau des réseaux et, réciproquement, à favoriser l’internet sur d’autres moyens de communication internes et externes ?

Cette question a fait l’objet, ces dernières années, de nombreuses et riches analyses, largement fondées sur l’étude de nouveaux mouvements, nés avec l’internet et qui en ont immédiatement fait usage. Néanmoins, à notre connaissance, plus rares sont les travaux qui portent non pas sur la constitution d’usages ex nihilo de ces technologies, mais sur la transformation d’organisations préexistantes par l’usage des TIC. Il est vrai que, en France au moins, les formations politiques traditionnelles se sont initialement montrées prudentes, pour ne pas dire frileuses, dans leur utilisation de l’internet . Néanmoins, des initiatives originales existent et permettent dès à présent d’étudier la « transformation du jeu sociopolitique » non pas sur ses marges mais en son cœur, dans les partis de gouvernement - où s’invente une nouvelle forme de collectif militant, hybride de la section traditionnelle et du « club » de réflexion, prospérant sur le terreau favorable qu’est l’internet.

Cet article se veut une première ébauche d’un tel programme, sur la base de l’analyse monographique de la section virtuelle du parti socialiste, Temps réels - ou temPS réels pour respecter la graphie originale -, créée en 1998. Nous nous appuyons principalement sur l’expérience accumulée par les auteurs en tant que membres de Temps réels. Outre ce travail d’observation participante ou, plutôt, de participation observatrice, nous nous appuyons sur les traces laissées en ligne par l’activité de Temps réels, ainsi que sur diverses données techniques originales issues des outils utilisés par la section.

Nous entamons ce parcours en résumant l’hypothèse d’une affinité entre l’internet et les nouveaux mouvements sociaux (section 1), puis en critiquant cette hypothèse à la lumière de l’évolution récente des pratiques en ligne des formations politiques plus traditionnelles (section 2). L’exemple de Temps réels nous permet ensuite de caractériser et d’illustrer ce renouvellement, en détaillant les fonctions qui peuvent être transférées au niveau le plus décentralisé d’un parti politique. Après avoir rapidement retracé l’historique et la position de Temps réels (section 3), nous aborderons les trois domaines dans lesquels Temps réels nous semble porteur d’innovation : l’usage de l’internet pour organiser la vie militante (section 4), la conduite simultanée d’une activité militante « de terrain » et d’une réflexion programmatique thématique (section 5) et l’investissement de l’internet par les militants comme espace à politiser (section 6). Cette analyse nous conduit à formuler une hypothèse restreinte d’affinité entre les outils en ligne et certains comportements militants (section 7). Nous concluons en proposant notre analyse de l’origine du renouvellement de ces comportements militants, que nous caractérisons comme un renouvellement de l’articulation entre le particulier (qui devient thématique) et le général, fondateur d’une nouvelle répartition des rôles au sein d’une formation politique (section 8).


Extrait de : Godefroy Beauvallet et Maurice Ronai
Vivre à temps reels : le renouvellement des pratiques militantes autour des tic
est-il possible au sein des partis de gouvernement ?

Article paru dans la revue Réseaux,n° 23/129-130, juillet 2005