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La Déclaration de principes du PS solde les comptes du passé. L’aggiornamento reste à faire

jeudi 15 mai 2008, par Ronai Maurice

La commission présidée par Alain Bergounioux, secrétaire national aux études du Parti socialiste, a accouché d’une nouvelle déclaration de principes.

1905, 1946, 1969, 1990, 2008... C’est la cinquième fois, en un peu plus d’un siècle, que les socialistes remettent sur le chantier ce texte qui, fonctionnellement, tient lieu de « grammaire » de la politique socialiste : le noyau du fameux « logiciel » que les socialistes se proposent, périodiquement, de rénover.

Entre 1990 et 2008, le « code » socialiste a enflé : il triple de volume, passant de 845 mots et 5473 caractéres à 2386 et 15397. Chaque mot a été pesé. Il fallait tout à la fois dépoussiérer déclaration de principes et la mettre à jour.

- Gommer les références les plus datées : « le réformisme au service des espérances révolutionnaires »,« les oppositions des classes et groupes sociaux », le dépassement du capitalisme passent ainsi à la trappe.

- Nuancer la critique du capitalisme, sans donner l’impression qu’il s’imposait désormais comme horizon indépassable.

- Accorder à chacune des « sensibilités » quelques concessions et "petits gains" sémantiques.

- Réévaluer la préoccupation environnementale (présente dans la Déclaration de 1990], mais sur un mode mineur).

- Assigner aux socialistes de nouveaux objectifs (« l’émancipation complète de la personne humaine et la sauvegarde de la planète", « une société nouvelle, qui dépasse les contradictions du capitalisme, faisant toute sa place au secteur non marchand »).

Alain Bergounioux et Henri Weber, principaux artisans de ce chantier peuvent se prévaloir d’avoir dégagé un consensus à quelques mois d’un Congrès qui s’annonce difficile.

Il reste que, tout affairés à solder les comptes idéologiques et sémantiques du passé, les socialistes, avec cette déclaration, tardent à jeter les bases d’une réflexion sur les enjeux contemporains.

1. Quid de la maîtrise sociale des technosciences ?

L’aggiornamento est réel sur les questions de protection de l’environnement

Je n’en regrette pas moins la disparition d’un membre de phrase qui figurait dans la Déclaration de principes de 1990 : "Alors que les sciences et les techniques ouvrent de nouveaux espaces de liberté et de créativité".

Les avancées et les réalisations des technosciences influencent, et façonnent, pour une large part, le devenir de nos sociétés. Sciences du vivant, biotechnologies, intelligence artificielle, technologies de l’énergie, nanotechnologies ... C’est un défi majeur pour nos sociétés que d’orienter, et plus encore, de réorienter, le changement technique.

La déclaration de principes 2008 consacre le principe de précaution comme mode de régulation des technosciences. A juste raison. Mais il en d’autres modes de régulation et d’orientation des technosciences : restaurer l’indépendance de la recherche vis a vis de grands groupes industriels qui ne visent qu’à maintenir ou créer des rentes de monopole, soumettre les orientations scientifiques au débat public, diversifier les expertises pour permettre aux gouvernements de peser sur les choix.

La Déclaration de principes de l’Internationale socialiste, adoptée en 1989, consacrait de longs développements à la maîtrise sociale du développement technologique. Cet enjeu n’a jamais été aussi actuel, et dépasse le seul « principe de précaution ».

« La technologie n’est pas seulement une question de science pure ou de machines inanimées. Elle est toujours guidée par des intérêts spécifiques et modelée sur des valeurs humaines, qu’elles soient implicites ou explicites. Elle doit être ramenée sous contrôle social afin d’utiliser les possibilités positives offertes par les nouvelles technologies à l’humanité, de minimiser les risques et les dangers de développements incontrôlés et d’empêcher les technologies socialement inacceptables. »

2. L’aggiornamento s’avère tout aussi incomplet dans la prise en compte d’un aspect essentiel de la modernité : l’essor des technologies numériques

- les possibilité que ces technologies ouvrent en matière d’accès à la culture et de circulation des savoirs
- les capacités que ces technologies confèrent aux collectifs et aux personnes pour agir sur leur vie et sur la société

La Déclaration de principes passe ainsi à côté de la nouveauté radicale que constitue l’émergence de biens communs informationnels : la production coopérative de connaissances, de logiciels et de biens culturels fondée sur la libre collaboration, la production par les pairs et le partage peut s’avérer aussi efficace que les modèles de production marchand (entreprises) ou publics (services publics).

La Déclaration de principe reste enfermée dans une dialectique marché vs secteur public (rebaptisé Etat social). Les projets coopératifs de type Wikipedia, les logiciels libres, les publications scientifiques ouvertes échappent à cette dialectique marché vs service public.


tempPS réels a proposé un amendement à la déclaration de principes.

Cet amendement a reçu le soutien de Michel Rocard.
Il a été adopté par le Conseil Fédéral de la Fédération de Paris
Il a reçu le soutien de la Fédération des français de l’étranger (FFE) et du conseil fédéral de Haute-Marne.

Le texte de l’amendement et l’exposé des motifs sont ici