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L’ANPE cherche des poux à ANPSEDIC

dimanche 13 avril 2008, par Ronai Maurice

L’auteur d’ANPSEDIC vient de recevoir une mise en demeure de changer le nom de son logiciel car il serait trop "proche" de ANPE et ASSEDIC qui sont des marques déposées.

ANPSEDIC est un logiciel qui sert à gérer les candidatures envoyées en réponse à des offres d’emploi. Un logiciel gratuit. Et efficace, à en croire les revues de produits disponibles en ligne.

L’ANPE connait bien ce logiciel : elle l’avait présenté dans le bulletin interne qu’elle adresse à ses conseillers. Bon nombre d’entre eux recommandaient ce logiciel aux chercheurs d’emploi. Le listing des candidatures et des lettres de motivation extrait d’ANPSEDIC suffisait bien souvent à justifier d’une recherche d’emploi active.

Revirement

Pourquoi ce revirement de la part de l’ANPE ?

Au moment où la fusion de l’ANPE et de l’UNEDIC (c’est à dire les Assedic) entre dans une phase active, les juristes à l’ANPE se sont émus d’un "risque de confusion dans l’esprit du public."

Confusion ? Peut être. Encore que .... Le site ANPSEDIC mentionne explicitement que « le logiciel n’a aucun rapport ou affiliation avec l’ANPE et l’ASSEDIC ».

Préjudice ? Cela reste à voir. Ce logiciel est diablement utile aux demandeurs d’emploi. Il prolonge, en un sens, la mission de service public de l’ANPE.
Il est toujours choquant de voir de puissantes institutions publiques s’en prendre à des individus ou des collectifs qui, de maniére désintéressée, conribuent au lien social et prennent en charge une parcelle d’interet général.

Dans le même ordre d’idée, j’avais jugé "inesthétique" la plainte de la Ville de Paris, en janvier 2006 contre l’association Paris Sans Fil sous prétexte qu’elle portait atteinte aux droits de la ville de Paris sur son nom. Assigner en justice association à but non lucratif qui souhaite aider les parisiens à accéder plus facilement et gratuitement à Internet ? C’était franchement inesthetique.

Laurent Guerby commente ici les aspects juridiques de la mise en demeure adressée par l’ANPE à ANPSEDIC.

Il était temps de s’en préoccuper.

Revenons à l’ANPE et à l’UNEDIC et à leur fusion. Celle-ci devrait être effective début 2009. Son principe a été adopté par le Parlement en décembre 2007, à l’issue d’une procédure d’urgence.

Christine Lagarde, ministre de l’Economie et le l’Emploi a lancé, le 25 mars dernier, une mission de réflexion sur sur l’offre de services du futur opérateur de service public de l’emploi, issu de la fusion de l’ANPE et de l’Unedic : types de services, implantation géographique, politique de recours au privé, systèmes d’information.

Quels services ? Quelle organisation ? Quels outils ? Il était effectivement temps de s’en préoccuper.

Avec 40 000 agents, 1 700 points d’implantation, des millions de clients, la refonte du système d’information constitue pourtant une condition-clé pour la réussite de cette fusion.

L’Inspection générale des affaires sociales (Igas) consacrait d’ailleurs un chapitre entier du rapport sur la fusion ANPE-UNEDIC à l’informatique de la future entité : organisation et gouvenance du système d’information, organisation des relations avec les métiers, organisation de la fonction assistance aux utilisateurs, patrimoine applicatif et référentiel, linfrastructures et projets en cours .

558 millions d’euros

Les budgets informatiques cumulés de l’ANPE et de l’Unedic représentaient tout de même plus de 558 millions d’euros en 2007. Les infrastructures des deux entités sont pour l’instant distinctes (Bull GCOS8 et IBM MVS), mais les deux réseaux doivent être connectés dès ce mois et un plan de convergence est actuellement en cours avec pour horizon 2012. L’évolution du système d’information entraine par ailleurs dix sous-projets.

La Cour des Comptes avait critiqué dans son rapport l’abandon par l’ANPE de son projet Géode (plus de 100 millions d’euros dépensés en pure perte). Du fait justement de sa future fusion avec l’Unedic.

Rappelons que la fusion ANPE-UNEDIC est à l’ordre du jour depuis 1987. A défaut de fusion, on s’etait replié sur un rapprochement. Celui-ci avait tourné court, notamment en raison de la quasi-impossibilité de faire communiquer leurs systèmes d’informations.

Bref. Avec un bilan informatique aussi déplorable, l’ANPE est-elle vraiment légitime à chercher des poux au désintéressé et efficace développeur de ANPSEDIC ?


Rapport du groupe de travail DGEFP/Unedic/ANPE/CGEFIrelatif àla préparation de la fusion de l’ANPE et du réseau de l’Assurance chômage

Aladin versus Geode ou la politique de l’emploi prise en otage