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Strategic defence review en Grande-Bretagne

samedi 14 mars 1998, par Ronai Maurice

Tony Blair a s’était engagé pendant la campagne électorale à réviser la structure des forces de défense. L’objectif affiché de la Strategic Défense Review n’est pas de réduire le budget de défense (ils ont decru, sous le Gouvernement Major de 30% depuis 1990), mais de redéfinir les priorités stratégiques. Tony Blair avait, d’emblée, annoncé que le budget militaire serait maintenu au même niveau pour les deux prochaines années. Le gouvernement comme l’état major admettent que l’empilement des missions (Irlande, Bosnie, bases en Allemagne ..) impose aux forces armées une surtension (overstretch).

La Strategic Defence Review s’est ouverte par une amorce de débat public : experts, universitaires, députés de l’opposition, organisations non gouvernementales furent conviés à débattre au cours de trois séminaires, de manière très ouverte, du contexte strategique, des hypothéses de planification des forces et de l’impact des technologies. Les débats tournerent principalement autour de deux questions :

- Avec 2,7% de son PIB consacrés à la défense, comment la Grande Bretagne peut elle maintenir le « rôle mondial » qu’elle s’assigne : justifier son siège au Conseil de Sécurité des Nations Unies) tout en maintenant son rang dans l’Alliance (et sa place dans la structure de commandement de l’OTAN) ?

- L’expérience récente suggère que les forces britanniques sont et seront de plus en plus souvent engagées dans des conflits intra-étatiques, des opérations de paix et de « diplomatie préventive ». A quel niveau convient il de maintenir des capacités militaires pour des conflits de haute intensité (de plus en plus improbables, notamment en Europe) alors que l’état du monde impose de renforcer prioritairement les capacités pour les interventions dans des conflits de « basse intensité », plus probables et plus fréquentes ?

Le gouvernement prépare depuis cet hiver un certain nombre d’arbitrages [1].

Le Secrétaire à la Défense, George Robertson a déclaré en novembre que « la Grande Bretagne sera principalement impliquée dans opérations en Europe, dans le Golfe et en Méditerranée, ou sont en jeu principalement (ses) intérêts » [2]. La présence navale en Asie devrait décroitre.

Il a dégagé trois priorités [3] :

- Capacités de transport (air et mer) et de maintien des forces d’intervention en dehors de la zone OTAN (Strategic lift)

- Systèmes d’information et de communication (Le séminaire du 4 novembre avait exploré les conséquences des avancées technologiques américaines « dans quelle mesure (nous) sera-t-il possible de rester compatibles avec les forces américaines ? Certains font valoir qu’avec la RMA, les Etats Unis rencontreront des difficultés pour opérer en conjonction avec les alliés, même si le besoin politique subsiste de les impliquer dans un conflit éventuel. La seule issue pour les Etats Unis consiste a mettre ces technologies a la disposition de leurs alliés... Le désir logique de coopérer avec les Etats Unis dans le domaine des technologies sophistiquées brouillerait les messagse politiques que nous pourrions souhaiter formuler quant au pilier européen de l’OTAN » [4]

- Les services de médecine militaire

En contrepartie, un certain nombre d’économies devront être réalisées. George Robertson envisage, en premier lieu, une réduction de 9 milliards de livres dans les budgets d’équipement. Il compte reformer les procédures d’acquisition (« smart procurement » [5]) tout en tirant parti de la restructuration des industries d’armement européennes. Le second gisement d’économies réside dans la coopération des trois armes et la réduction des duplications. Les commandos de marines et les régiments de parachutistes serviront dans la même Force Interarmes de déploiement rapide, bien qu’ils ne se soient jamais entraînés ensemble et qu’ils se méprisent mutuellement. Le troisième gisement d’économies concerne les forces destinées aujourd’hui à contenir la menace russe, et notamment les forces aériennes. Le Ministre de la défense devra procéder avec prudence, avec une RAF démoralisée, passée en dix ans de 90 000 à 52 000 hommes. L’Armée va réduire le nombre de ses chars (une division sera maintenue en Allemagne, mais allégée) et les effectifs de réservistes (59 000 aujourd’hui).

La Marine est résignée à perdre cinq de ses 35 frégates et destroyers et peut être certains de ses 12 sous-marins conventionnels. La « disponibilité opérationnelle » (readiness) des quatre sous marins stratégiques sera réduite. (le coût annuel d’un Trident est de 250 millions de livres). Elle n’entend pas, en revanche, renoncer aux sous-marins. Le renouvellement des sous-marins est évalué à 1 milliard de livres et l’acquisition de 60 Joint Strike Fighters à 2,5. Outre leur utilité proprement militaire, la Navy fait valoir leur dimension politique et symbolique. Seuls trois pays dans le monde exploitent aujourd’hui plus d’un porte-avions. En cas d’abandon par la Grande Bretagne, la France se retrouverait seule a détenir cet atout. Au final, c’est l’aviation qui devrait subir les coupes les plus importantes.

Le programme du New Labour affichait explicitement la perspective de l’élimination des armes nucléaires. « Nous pousserons dans le sens de négociations multilatérales pour une réduction mutuelle, équilibrée et vérifiable des armes nucléaires. Quand des progrès auront été accomplis en direction de l’élimination globale des armes nucléaires, nous veillerons à ce que les armes nucléaires britanniques soient prises en compte dans les négociations multilatérales ». Le Ministère de la défense souhaite faire prévaloir une doctrine de « non-emploi en premier » dans l’OTAN. Il envisage de réduire le nombre des têtes nucléaires à bord des Trident ( de 96 aujourd’hui, elles pourraient chuter de moitié). Il pourrait, enfin, abaisser unilatéralement le niveau d’alerte des sous-marins stratégiques en patrouille, avec, à l’horizon, la suspension des patrouilles elles même [6].


Publié dans le débat stratégique, n° 37, Mars 1998, CIRPES, Paris


[1New Labour’s Model Army The Economist, 27 septembre 1997

[2Opening remarks, Strategic défence Review Seminar, 5 november 1997

[3Fear of the snip, The Economist, 31 janvier 1998

[4Strategic Defence Review Seminar held on 5 november 1997

[5Strategic Defense reviews « Smart procurement », Communiqué de presse du Ministere britannique de la Défense

[6Committee on Nuclear Policy, Policy briefs, Vol 1, N° 11